Back to Blog

L’entrepreneuriat est un monde rempli de merveilles, mais uniquement pour les rigoureux

« Si tu veux te lancer dans l’entrepreneuriat, aie les nerfs solides. » La phrase claque comme un avertissement. Elle est signée Naomie Nseya Iyolo
May 5, 2026
Conseils aux fondateurs

« L’entrepreneuriat est un monde rempli de merveilles, mais uniquement pour les rigoureux ».Naomie Nseya Iyolo, Prix Lokumu de la meilleure entrepreneure féminine de RDC, raconte sans filtre les coulisses de l’événementiel à Kinshasa.

« Si tu veux te lancer dans l’entrepreneuriat, aie les nerfs solides. » La phrase claque comme un avertissement. Elle est signée Naomie Nseya Iyolo, reine de la déco événementielle à Kinshasa. Sacrée Prix Lokumu de la meilleure entrepreneure féminine en RDC, elle rêve aujourd’hui d’exporter le savoir-faire congolais à l’international. Entre la chaise et les centres de table, elle a bâti son empire à la force du poignet. Rencontre avec une cheffe d’entreprise qui ne maquille pas la réalité du terrain congolais, mais qui voit déjà plus loin que Kinshasa.

Qui est Naomie Nseya Iyolo ?

Je suis Naomie Nseya Iyolo, entrepreneure, auteure, servante de Dieu et CEO de Prima Groupe Event. C’est une structure œuvrant dans l’événementiel : organisation d’événements, décoration et location de matériel événementiel. Je suis une femme qui milite pour l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes. J’ai également une structure où j’accompagne les femmes dans l’entrepreneuriat et le financement de capitaux.

Pour vous, c’est quoi une bonne décoration ? Une question de budget, d’originalité ou d’émotion ?

Je pense qu’une bonne décoration, c’est le fait d’arracher l’effet "waouh" chez le client, chez les participants. Parce qu’on peut bien assembler les couleurs, le matériel, les tissus... mais si ça ne donne pas l’effet "waouh", ça ne marche pas. Donc on recherche l’effet "waouh". Pour moi, l’effet "waouh", c’est ça même la bonne décoration.

Tout a commencé comment ? Racontez-nous votre premier événement.

La décoration, c’est venu d’une passion qui était enfouie en moi et que j’ai découverte. Quand j’ai découvert cette passion, c’était l’anniversaire de ma mère. On avait besoin de déco mais on n’avait pas de budget. Je me suis proposée pour le faire. Après l’avoir fait, il y avait des gens dans la parcelle qui disaient : « Eh, tu fais aussi les collations ? » On commençait à me demander. Je me suis dit : « Pourquoi ne pas tenter ? »  

Après ça, il y avait une cousine qui s’est mariée. Comme j’étais en train de me chercher dans les affaires, j’ai touché un peu à tout. J’ai commencé à faire louer du matériel de décoration. En premier lot, j’ai offert la décoration à ma cousine. Je lui ai fait une déco gratuite avec le matériel que j’avais. C’était bien. Les gens commençaient à demander ma carte. Je me suis dit : « Je fais des cartes, je me lance. »

Quand un client veut un effet "waouh" avec 200 dollars, vous faites comment ?

Mon travail ne se limite pas seulement à travailler pour avoir un gain. Je vous l’ai dit tout à l’heure : c’est une passion que j’ai découverte. Alors quand c’est une passion, on voit plus loin que l’argent. Et ce qui fait que, quand je rencontre un client qui n’a pas le budget équivalent à sa demande, par passion, je lui propose moi-même des solutions. Je lui propose ce que je peux faire pour lui ramener un effet "waouh", mais à faible coût. Parce que c’est impossible de faire un très grand "waouh" avec un budget de deux cents dollars. Le travail demande qu’on dépense tout ce qui va avec.

Quel est le pire imprévu que vous ayez vécu sur le terrain ?

La pire expérience... quand j’en parle, ça me fait rire. J’avais un événement vers le centre Nganda. Et en tout cas, c’est la première et la dernière fois que ça m’est arrivé de toute ma vie. Je demanderai toujours pardon à ce client-là. Un événement où le matériel est arrivé le jour J. L’événement devait commencer à 10 heures. Et le matériel, on devait le ramener à 7 heures. Comme il y avait beaucoup de matériel à amener sur les lieux, le bus devait faire deux tours.  

Le premier tour est arrivé. Le dernier tour, ce n’était que les chaises. Donc j’ai d’abord fait partir ce qui était important pour travailler. Ils ont travaillé, ils ont fini. On attendait les chaises des invités et les chaises des mariés.  

Le bus est revenu pour la deuxième fois. J’ai chargé le matériel, et c’était un autre bus. Ce n’était pas le premier qui était parti. L’autre, on ne s’était pas entendu. C’était avant que j’achète un bus pour mon agence. On louait les chauffeurs.  

Et au chauffeur, on lui dit : Mbeseke, c’est la route du centre Nganda, Ma Campagne. Côté station Ma Campagne. Cette route-là, on l’appelle comme ça, Mbeseke. Alors lui, il a pensé que c’était vers le Kongo central.  

Et moi, tout bonnement, je pensais que le chauffeur était en route. Il était avec un de mes agents dans le bus. Je ne sais pas ce qu’il a fait, il a dormi sur la route. Et ils sont partis vers Kongo central.  

L’événement a commencé. Et puis, dix minutes avant l’entrée du Bourgmestre, parce que c’était un mariage civil, on commence à m’appeler. Les invités commençaient à insulter les agents parce qu’ils avaient des polos de mon agence : « Vous êtes mal organisés ». Et eux, ils étaient en train de gérer, sachant que peut-être le chauffeur était sur la route, qu’il y avait des embouteillages.  

Ils m’appelaient, moi j’étais au dépôt. Je dis : « Non, il est déjà sorti. Dans quelques minutes il va arriver. » Je me suis dit que ça traînait. J’essaie d’appeler le monsieur. Il me dit : « Madame, je suis déjà tout prêt, je suis à Matadi Mayo, on arrive dans peu de temps. » J’ai dit : « Quoi ? Mais non, ce n’est pas là-bas. Il faut retourner. »  

Et les invités étaient debout. Ils ont commencé à chercher eux-mêmes des chaises par-ci par-là. Ils ont pris des chaises multicolores dans l’espace. Les clients étaient tellement fâchés. C’est la pire expérience que j’aie eue. J’ai stressé. En fait, c’était impossible de faire quelque chose. Le dépôt est à Limete... pour pouvoir ramener d’autres chaises, ça nous prendrait encore du temps parce que c’était à Ma Campagne. Donc avec tous les embouteillages, c’était compliqué.  

Mais j’ai dû rattraper ça le soir. Comme il y avait la continuité de la soirée, j’ai offert à la mariée des choses qu’elle n’avait pas payées pour me faire pardonner. Et depuis, je ne ramène plus le matériel le jour même de l’événement. Tout le matériel, je le ramène la veille.

Quelle est la part du made in Congo dans votre chaîne : équipe et fournisseurs ?

Les gens avec qui je travaille sont tous des Congolais. Mais mes fournisseurs, vu que c’est à l’étranger, ce sont des nationalités que je ne maîtrise pas. Il y a des Chinois, il y a des Arabes.  

Mes fournisseurs ne sont pas Congolais parce que nous, on ne fabrique pas. On part acheter chez des fabricants et on ramène. Donc quand je pars acheter en Chine, il n’y a pas de Congolais qui fabrique. Quand je vais à Dubaï pour faire un container, il n’y a pas de Congolais qui fabrique.  

Et tous mes travailleurs, tous mes collaborateurs sont Congolais.

Vous misez sur la formation interne ou le recrutement d’expérimentés ?

Pour la petite histoire, j’ai commencé la décoration avec des personnes qui ne connaissaient pas. Toute mon équipe, ce sont des personnes que j’ai formées. Il n’y a personne qui était décorateur. Tous, je les ai formés. Il y en a même d’autres qui sont venus comme cleaners et qui sont devenus décorateurs après, parce que je les ai formés. Donc sur quarante personnes que je peux avoir dans mon équipe, aucune n’avait été décorateur avant.

Votre Prix Lokumu : consécration ou nouveau point de départ ?

Vous savez, les prix, ce n’est pas quelque chose que vous recevez et qui vous dit que vous êtes arrivé. Quand vous le prenez comme ça, vous passez à côté même de vos objectifs. Il faut le prendre comme une source de motivation qui vous permet de travailler encore plus, de donner encore le meilleur de vous pour recevoir encore plus de prix. Parce que les prix que j’ai reçus, si je les prends comme si j’étais arrivée, c’est que je n’ai pas compris. Ces prix, pour moi, c’est une source de motivation, c’est une reconnaissance d’un travail acharné fait depuis des années. Mais après, ça me donne encore le goût de continuer.

Je veux me lancer dans l’événementiel demain. Un conseil et une erreur fatale à éviter ?

Je te dirais de te lancer, parce que l’entrepreneuriat, c’est un monde rempli de merveilles. Mais pour des personnes qui sont rigoureuses, pas des paresseux. Si tu veux te lancer dans l’entrepreneuriat, aie le cœur solide, hein. Lance-toi. C’est un monde très bien parce que tu contrôles ton temps, tu peux gérer ton calendrier, mais après tu portes le stress sur toi-même. Et quand tu te lances, c’est toi le leader. Les autres dépendent de toi. Donc il faut que tu aies un mental solide pour que le stress des autres ne puisse pas t’affaiblir mentalement. Parce que quand on est devant un chaos, on attend que les leaders donnent les lignes de conduite pour décanter. Alors si tu veux être leader et que tu n’as pas le mental qu’il faut, tu ne peux pas bien diriger.  

Les erreurs à ne pas commettre : ne pas se lancer sans la passion, ne pas faire les choses parce que tout le monde le fait.

Prima Groupe Event en 2036, ça ressemble à quoi ?

Je me vois m’implanter un peu plus dans toutes les provinces du Congo et me lancer à l’international. Parce que j’ai même déjà commencé en Afrique du Sud. J’ai déjà fait deux événements en Afrique du Sud. Et je me vois m’étendre à l’international.

On vous contacte comment ?

Je suis très, très flexible, hein. Je ne suis pas compliquée à voir. Je gère aussi, je suis parmi les personnes qui gèrent nos pages. Donc si vous allez sur Instagram, Facebook, vous écrivez à Prima groupe event, je finirai par avoir votre message.

Marcel Kilombo

Mise à jour associée

Mettre en avant la nouvelle génération : l'objectif du Festival des Entrepreneurs du Congo
L’Institut Financière pour les Œuvres de Développement (IFOD) sera ce dimanche 31 mai 2026 à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa pour le Festival des Entrepreneurs du Congo.
May 29, 2026
Conseils aux fondateurs
Read more
Démarrer votre parcours

Ensemble, écrivons l’avenir de l’Afrique avec Nebula

Investisseurs ou entrepreneurs, rejoignez la plateforme qui transforme le continent.