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« Je veux tout produire ici » : Daniel Mbuezo, le modéliste qui veut industrialiser la sape congolaise

Diplômé de l’ISAM, révélé lors d’un défilé international en 2015 et propulsé par Lokua Kanza en 2017, Daniel Mbuezo ne compte pas s’arrêter au sur-mesure pour VIP. Le fondateur de DM COLLECTION dévoile son plan à 5 ans
May 13, 2026
Conseils aux fondateurs

Diplômé de l’ISAM, révélé lors d’un défilé international en 2015 et propulsé par Lokua Kanza en 2017, Daniel Mbuezo ne compte pas s’arrêter au sur-mesure pour VIP. Le fondateur de DM COLLECTION dévoile son plan à 5 ans : créer une industrie de la mode en RDC pour fabriquer tissus, aiguilles et emplois. Portrait d’un entrepreneur qui coud l’avenir du pays, un point après l’autre.

Qui est Daniel Mbuezo ?

Je suis Daniel Mbuezo Mbuezo, jeune entrepreneur congolais, styliste, modéliste, couturier, chef d’entreprise et propriétaire de la marque DM COLLECTION. Je suis diplômé en stylisme et modélisme.

Vous êtes dans ce métier depuis combien d’années maintenant ? Racontez-nous comment tout a commencé.

Je suis dans ce métier depuis 2010. J’étais à Mikondo, chez mes grands-parents, lorsque j’ai décroché mon diplôme d’État. Comme je ne savais pas vraiment quoi faire à l’université, j’ai commencé à me débrouiller : je gérais la cabine téléphonique de mon oncle. Cela me permettait de gagner un peu d’argent, juste de quoi manger.  

Je dois vous avouer que j’aimais beaucoup m’habiller différemment des autres. À l’époque déjà, mon ami Platini confectionnait des chemises et des vestes. Ce que je n’aimais pas, c’est que mon ami, comme la quasi-totalité des couturiers kinois, avait toujours des excuses et me livrait systématiquement en retard. Cela ne me plaisait pas du tout, alors j’ai décidé d’apprendre la couture. D’ailleurs, dans ma famille, ma grand-mère et mon père savaient déjà coudre. Vous comprendrez que c’est dans le sang, donc je n’ai pas mis longtemps à apprendre.  

C’est ainsi qu’en 2010, j’ai pris contact avec une sœur qui m’a appris les bases de la couture. Dès le début, elle m’a fait confiance au point de me confier les habits de ses clients.  

En 2011, comme elle était enceinte, elle m’a demandé de continuer le travail avec son frère.  

Le frère avait son atelier à Kintambo. J’étais obligé d’y passer mes nuits, pendant deux ans, vu la distance entre Tshangu et Kintambo.  

En 2012, je me suis inscrit à l’Institut Supérieur des Arts et Métiers (ISAM), sans lâcher mon travail à l’atelier. L’objectif était d’apprendre le modélisme. J’étais donc à cheval entre l’atelier et la faculté.  

C’est en 2014 que j’ai quitté cet atelier pour en ouvrir un autre.  

Je me suis associé avec un ami. Nous avons loué un petit studio qui nous servait à la fois d’habitation et de bureau : le matin et la journée, on travaillait avec la seule machine que nous avions, et la nuit, on aménageait la pièce pour dormir.  

Après avoir obtenu mon diplôme de graduat en stylisme et modélisme, j’ai décidé d’évoluer seul. J’ai puisé dans mes économies de la période estudiantine pour me lancer. Mais il m’a fallu deux ans avant de me séparer de mon ami et associé.

À quel moment avez-vous réalisé que votre nom était reconnu à Kinshasa ? Y a-t-il eu un événement particulier qui a marqué ce tournant ?

C’était en 2015. Cette année-là, j’ai raté la première session à l’ISAM pour participer à un grand événement qui a réuni à Kinshasa plusieurs stylistes de renom du monde entier : France, USA… J’ai eu la chance d’y participer en tant qu’étudiant. J’ai choisi d’ignorer la première session de ma dernière année pour être prêt pour ce défilé. Et lorsque j’y ai participé, tout s’est tellement bien passé que tout ce que je suis aujourd’hui a commencé ce jour-là. C’est pour ça que je parle d’événement déclencheur : c’est à partir de ce jour que les gens m’ont connu. Parmi les grands noms du Congo qui ont pris part à ce défilé, il y avait M. Samy Okasol et Mme Carine Pala.

Comment avez-vous obtenu votre premier client issu des personnalités publiques ?

C’est grâce à ma participation à la première édition de One Magazine, une édition dédiée aux tenues pour hommes. Grâce aux photos publiées par One Magazine, j’ai été contacté par l’artiste musicien Lokua Kanza, qui a obtenu mon numéro via ce magazine. Pour la petite histoire, quand il m’a appelé, il ne s’est pas présenté. Je lui ai donné rendez-vous. Il est venu avec Mme Laetitia, qui chante aussi avec lui. Nous sommes en 2017. J’ai confectionné pour lui un ensemble costume : veste, chemise, pantalon et cravate. Je vous avoue que j’étais sur un petit nuage : confectionner une tenue pour un immense artiste de mon pays, c’était énorme.  

Naturellement, cela m’a ouvert des portes. Après lui, j’ai habillé Isso Motema, Deplik Pomba, Maman Godé Bondembe (chanteuse gospel), le comédien Pierrot Ndombasi et d’autres personnalités que je ne peux pas nommer pour des raisons de confidentialité.

Quelle a été la principale difficulté à vos débuts : le financement ou la crédibilité auprès des clients ?

La plus grande difficulté au début, comme maintenant d’ailleurs, reste l’instabilité de l’électricité à Kinshasa. Il est très difficile de travailler avec un groupe électrogène. Sinon, côté financement, je n’ai pas vraiment eu beaucoup de problèmes parce que j’ai eu des clients qui m’ont fait confiance dès mes débuts.

Comment votre travail est-il organisé aujourd’hui ? Travaillez-vous uniquement avec votre équipe ou faites-vous appel à de la sous-traitance ?

Depuis des années, je travaille avec une équipe. Cela me permet de prendre plusieurs commandes et de respecter les principes de l’atelier. Je suis un leader qui travaille beaucoup et qui oriente ses employés.

Quel est votre volume de production hebdomadaire ?

La première chose à retenir est que nous ne nous limitons pas au prêt-à-porter sur mesure. Nous recevons aussi des commandes de tenues de sécurité, de tenues pour le protocole, etc. On travaille ensemble, avec toute l’équipe.

Pour vos tissus, privilégiez-vous les fournisseurs locaux ou l’importation ?

Tout dépend de la commande. Pour les mariages coutumiers, par exemple, nous travaillons avec des tissus traditionnels congolais : Kuba, raphia, etc. Et pour les mariages civils et religieux, nous utilisons des tissus importés.

Quelle activité est la plus rentable pour vous : les commandes sur mesure pour les VIP ou la clientèle classique ?

Une chose est vraie : tout est rentable ! Mais nous faisons surtout des tenues sur mesure. C’est ce que les clients commandent le plus.

Quel canal vous apporte le plus de clients aujourd’hui : les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille ?

Les réseaux sociaux ! Les gens sont aujourd’hui très connectés, et lorsque nous publions nos créations, les personnes intéressées passent commande. Mais la vieille méthode du bouche-à-oreille fonctionne aussi, surtout quand on croise des gens lors d’activités comme les défilés.

Pour développer votre activité, envisagez-vous d’ouvrir une boutique ou de former davantage de couturiers ? Quel est votre plan sur cinq ans ?

D’ici 5 ans, mon objectif est d’avoir une industrie de la mode ici en RDC.  

Il y a peut-être quelques industries dans le pays, mais elles recrutent difficilement. Moi, quand j’ouvrirai mon industrie de la mode, mon envie est de tout produire ici : tissus, aiguilles… bref, tout ce qui est lié à la mode. Et nous confectionnerons aussi des tenues sur mesure. Je suis convaincu que cette idée va réduire le taux de chômage. On donnera de l’emploi à plusieurs personnes pour aider plusieurs familles.  

Je souligne aussi que je forme déjà régulièrement. Même quand je travaille, je trouve toujours du temps pour ceux qui viennent se former.

Par ailleurs, je vise à ouvrir des boutiques, non seulement à Kinshasa, mais aussi à Lubumbashi, Kolwezi et dans toutes les provinces du Congo.

Comment entrer en contact avec vous ?

Via les réseaux sociaux. Sur toutes les publications que je poste, il y a mon numéro de téléphone, donc vous pouvez m’écrire directement.  

Les pseudos Facebook et Instagram sont : Daniel Mbuezo Collection et Daniel Mbuezo.  

Notre atelier est situé au 289, avenue Isangi, commune de Lingwala, quartier 30 Juin. Référence : arrêt ISAM, sur l’avenue 24 Novembre.

Marcel Kilombo

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